Comment rédiger son projet de structure en 5 étapes : guide méthodologique

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Comment rédiger son projet de structure en 5 étapes : guide méthodologique

Message par CamilleV le Mar 11 Avr - 15:12

L'idée de cette proposition me vient de la lecture de l'article de "Christine Gruson – Être mère et en situation de handicap mental : un projet d'accompagnement".

Le texte en effet se présente comme un déroulé des différentes phases de construction d'un projet de service dédié à l'accompagnement des parents en situation de handicap mental.

C'est ainsi une sorte de petit guide méthodologique dont nous pourrons nous inspirer pour établir notre propre structure d'accompagnement... du moins pour nous aider à développer un argumentaire solide pour en faire la défense.

Essayons donc de voir comment l'auteure a procédé pour dresser son argumentaire. Quelle a été sa méthodologie ?

1) Du constat personnel au questionnement éthique.

Le constat personnel, c'est l'entrée en matière. Je dirais que c'est la phase dans laquelle nous (Intermèdes) nous trouvons actuellement. Avec des impressions recueillies à-même nos vies professionnelles qui viennent nous interroger, mettre en branle notre faculté à nous questionner, parce que certaines situations que nous rencontrons viennent heurter nos valeurs, nos conceptions du vivre-ensemble, notre moralité personnelle.

Ça, c'est la part vivante du truc, celle peut-être qui apparaîtra le moins à la fin, mais qui pourtant continuera à nous servir de guide et de boussole tout au long de notre action. Il est donc important d'en faire le recueil.

Pour utiliser une sorte de gros mot, c'est le constat d'une situation d'injustice ou d'un désordre qui vient interpeller notre sens politique. En tant que professionnels certes. Mais aussi, et peut-être surtout, en tant que citoyens.

A partir de ce constat situé, borné à quelques situations particulières, il s'agit ensuite d'en comprendre la possible portée universelle : est-ce que cette situation relève bien d'un problème de société et pourquoi ?

Ici en l'occurrence : est-il normal qu'en raison d'une situation de handicap certaine personnes soient freinées dans leur projet de construction d'une parentalité ? Ou encore : est-il normal que du fait du handicap de leurs parents des enfants soient éloignés de leur environnement familial sans qu'on se donne les moyens de les y maintenir ?

Deux questions qui assez immédiatement débouchent sur toute une série d'autres questions : qu'est-ce que la déficience intellectuelle ? Est-ce un état constant, irrécupérable ? Ou est-ce au contraire une affection dont les effets sont dépendants de facteurs contextuels ? Et si oui, quels sont ces facteurs ? Mais aussi qu'est-ce qu'une famille ? Qu'est-ce que la parentalité ? Qu'est-ce qu'un enfant peut et doit attendre de l'éducation qui lui est délivrée ? Un handicap mental empêche-t-il nécessairement le développement des capacités propres à éduquer un enfant ? Etc.  

2) Du problème éthique à la réponse du droit

Une fois ce premier bilan effectué, il s'agit ensuite d'effectuer une première grande prise de recul pour essayer de comprendre comment ces diverses problématiques sont encadrées socialement et notamment quelles réponses juridiques y sont apportées.

Au-delà, ou en deçà, de sa définition proprement médicale, psychiatrique, sociologique ou encore philosophique, le handicap mental concerne des personnes qui appartiennent à une certaine communauté politique où ils sont sujets de droits. Or le fait est que le handicap est aujourd'hui un objet juridique dont la définition ouvre droit aux personnes qui en sont porteuses à un certain nombre de régimes particuliers, soit du côté de la compensation, soit du côté de la protection, soit encore du côté de la contrainte.

Pour construire sa définition du handicap, le champ juridique s'est appuyé sur un certain nombre de travaux qui font consensus au niveau international : le CIF en particulier. Et puis au niveau national il y a eu la production de textes législatifs où sont définis nos propres dispositions nationales à ce sujet : lois 2002.2, 2005, etc.  

S'agit alors d'aller voir ce qui en est dit, non pas tant pour strictement coller à la définition qui y est donnée, mais pour en relever les éléments qui à nos yeux sont importants et qui font le plus de sens pour nous.

Idem pour la question de la parentalité et de la familles : qu'est-ce que disent les textes à ce sujet ? Qu'est-ce que l'autorité parentale ? Existe-t-il des restrictions spécifiques pour les personnes en situation de handicap ? Quels sont les enjeux du débat relatif à la stérilisation des handis ? Etc.

Idem pour les droits de l'enfant...

La ligne visée par cette recherche axée autour du droit, c'est alors de nous faire passer du simple sentiment d'injustice au constat de l'injustice réelle, en quelque sorte socialement portée contre le droit des personnes.

3) D'un élargissement à l'autre : de l'universel juridique à la généralisation scientifique.


Mais le droit a ses limites. Notamment il n'est pas fait pour expliquer, mais bien pour prescrire et corriger des modes de fonctionnement individuels/collectifs. D'où la nécessité d'en passer par la littérature scientifique, qui quant à elle a pour fonction d'émettre des hypothèses sur des faits et d'en vérifier méthodiquement la valeur par le recueil d'éléments objectifs. C'est le travail de la nuance, de la mise en complexité des choses, de la confrontation du cas général et du cas particulier.

Pour ce qui nous concerne, je crois que l'examen de ce genre de littérature, quelle que soit son orientation théorique, doit nous amener à travailler quatre grands axes :

Un démontage des préjugés, travail qui en gros s'organise autour de la question « est-il vrai que... ? »

Exemple : Est-il vrai que les personnes en situation de handicap mental subissent des empêchements dans leur projet familial ? Ou est-il vrai qu'une personne déficiente intellectuelle rassemble rarement les compétences pour éduquer son enfant ?

La construction d'objets de savoir, champ qui pour sa part se construit autour de la question « qu'est-ce que » ?

Exemple : Qu'est-ce que la déficience intellectuelle ? Qu'est-ce que la parentalité ? Qu'est-ce que l'éducation ?

Une problématisation, axée autour de « C'est quoi le problème ? »

Exemple : C'est quoi le problème d'un parent déficient ? D'ailleurs est-ce que c'est son problème à lui ? Alors à qui le problème ? Le problème du parent ? De l'enfant ? Du professionnel ? Et pour combien ce problème est-il un problème ? Et où le problème ? Hein ! Hein ! Hein !

L'élaboration finale d'un point de vue prospectif, réalisé à partir des éléments précédents et centré autour de la question « Et si... alors quoi ? »

Exemple : Et si le handicap mental n'est pas une fatalité, alors quoi ? Et s'il consiste d'abord en une limitation d'accès à la richesse sociale, alors quoi ?

4) On dépose les livres et on revient sur le terrain


Mais attention, ça n'est pas un retour à la première phase, celle du « constat personnel d'injustice ».

Car désormais il s'agit d'aborder les choses de façon informée, en tirant profit de la littérature ci-avant absorbée, pour à la fois comprendre les manques et les enjeux tels qu'ils se posent dans le concret bien défini d'un certain espace politique et humain : dans le Rhône ou dans telle ville, dans tel contexte social et/ou institutionnel, dans tel environnement culturel, etc.

C'est autrement dit aller à la rencontre des professionnels de terrain et/ou des personnes concernées pour dresser un réel état des lieux : voir concrètement comment les choses sont mises au travail, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, relever l'analyse de chacun des acteurs sur les dispositifs dans lesquels ils sont engagés, pouvoir pointer les empêchements et leurs diverses raisons, etc.

Ici le travail qui s'opère, c'est le travail de recherche proprement dit : on a prélevé ici et là des éléments de compréhension qui intellectuellement nous ont paru pertinents, mais qu'est-ce que peuvent nous en dire les gens sur le terrain ? Est-ce que ces problématiques les concernent ? Est-ce que les réponses qui y sont apportées au niveau théorique leur paraissent pertinentes ?

5) On fait un bond du côté du futur.


Jusqu'ici on a donc :

*constaté une injustice
*vérifié l'écart entre le droit et l'accès au droit
*pris la mesure de toute la complexité de la problématique questionnée
*récolté des débuts de réponse
*défini quels étaient les manques à ce niveau sur le terrain

Avec tout ça, logiquement, et si on a bien travaillé, le projet devrait apparaître tout seul, dans sa nécessité, comme quelque chose de bon sens, qui évidemment va de soi ! Mais oui, là est la solution ! Comment n'y avons-nous pas pensé avant ?

CamilleV

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Re: Comment rédiger son projet de structure en 5 étapes : guide méthodologique

Message par emilie le Ven 21 Avr - 17:47

alors c'est pas tout de suite le week-end dans le nord et à Pessenas?!!! si j'ai bien compris ça serait l'étape 4?! je vais donc prendre mon mal en patience mais ne serait pas contre un week-end de travail - réflexion!

emilie

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