Marie-Anne Gaudin - Handicap mental et parentalité

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Marie-Anne Gaudin - Handicap mental et parentalité

Message par Sandrine le Mar 4 Avr - 14:21

Marie-Anne Gaudin - Handicap mental et parentalité / La sexualité au risque de l’enfantement
https://www.cairn.info/revue-le-sociographe-2008-3-page-51.htm

Hypothèse(s) :

1) Hypothèse concernant l'être de la déficience, telle qu'elle se révèle à nous sous l'abord de la problématique de la sexualité procréatrice. D'après l'auteur, l'exercice de la sexualité procréatrice est abordé dans la société humaine comme un acte de raison. Comment comprendre cette affirmation ? Possiblement comme le fait que cela exige un positionnement éthique et moral qui ne s'en tient pas au présent de l'acte mais qui engage une prise en compte de ses diverses implications au plan social et relationnel, comme aussi au plan très globalement politique. Mais la déficience intellectuelle vient altérer (sans forcément l'annuler) la forme entamée par cet acte de raison, au plan de sa mise en oeuvre. Les personnes handicapées ont bien une faculté de raison, mais les voies qu'elle fait suivre dessinent une autre trame que celle qui est la plus commune ou la plus attendue.

2) Hypothèse concernant le devenir parental des personnes D.I. en tant qu'elles sont des personnes sociales. Pour l'auteur, devenir parent c'est pour ces personnes franchir un seuil d'intégration, c'est en quelque sorte franchir le rubicond qui les sépare du monde commun. Hypothèse qui se laisse comprendre si on aborde les personnes D.I. comme étant toujours de fait des personnes hors-normes, toujours déjà à la marge. Autrement dit comme des sujets à intégrer. Vision certainement très limitatrice. D'ailleurs l'auteur la minore dès le paragraphe suivant : « L'enfant qu'ils savent exceptionnel voire interdit dans leur univers parallèle est plus l'aboutissement de leur union choisie, symbole de leur amour mutuel qu'un signe de basculement dans l'univers normal ; du moins ils ne le revendiquent pas comme tel ».

Mots clefs/Conceptualité :

« Enonciation » : la parole exprime la vérité située de son locuteur : pragmatisme sociologique.

« Enfant réparateur » en lien avec le « J'ai mal à ma mère » : influence psychanalytique.

Conceptualité qui s'inscrit donc dans le champ de la sociologie dite « clinique ».

Données d'observation et analyse :

Observations tirées d'un panel composé de 6 couples mixtes, dont 4 travaillant en milieu protégé + 6 mères célibataires. Les entretiens semblent avoir été centrés sur des récits de vie.

Beaucoup témoignent alors d'une enfance compliquée et expliquent en conséquence leur déficience ou attardement par ce facteur. Ces difficultés sont soit reliées au contexte familial soit au contexte social, avec une orientation dans le milieu spécialisé considérée comme étant facteur d'exclusion. Cette vision négative de leur parcours leur rend alors difficile la tâche de construire un récit d'eux-mêmes qui soit valorisant ou honorable à leurs propres yeux comme aux yeux des autres. Malgré tout celles et ceux qu'a rencontré l'auteur bénéficient désormais d'une situation professionnelle et économique qui leur permet une certaine marge d'autonomie sociale.

Pour l'auteur c'est à cette jonction entre anamnèse/récit biographique et autonomie sociale qu'intervient le projet de parentalité, et plus encore le projet de donner naissance à un enfant capable de combler le déficit ou l'injustice vécue : « l'enfant, moyen de parvenir à se construire une identité sociale honorable et normalisée, malgré tout, est investi d'un grand pouvoir de réparation ».

Du côté des mères, quatre témoignent dans leur récit d'un fort attachement à leurs propres mères, malgré que ces dernières aient pu témoigner de conduites mal ajustées avec leurs filles, du fait par exemple de fortes dépressions. L'enfant réparateur semble être devenu chez elles enfant symptôme, dont la seule présence les replonge dans les affres de leur propre enfance malheureuse. « La force d'identification à la mère, c'est-à-dire en fait le poids de la tradition féminine et des mécanismes inconscients qui la sous-tendent, nous paraît être une élément du destin », affirme l'auteur en citant Ribeaud [ La Maternité en milieu sous-prolétaire, Stock, 1979].

Point à souligner : alors que la crainte de la transmission de la déficience est un fantasme socialement partagé, celle-ci semble avoir été peu présente chez les personnes rencontrées par l'auteur. Elle n'a été exprimée que par l'une d'entre elles.

Du point de vue de l'intégration de leur projet de parentalité dans leur parcours social, les personnes mettent en avant la question de la responsabilité, en opposition à un parcours de vie perçu sous l'angle de la contrainte ou de la surdétermination : scolarité adaptée, milieu protégé du point de vue du logement ou du professionnel, mesure de protection. Enfant apparaît alors comme le moyen de « d'écarter une identité sociale disqualifiante ».

Pour d'autre c'est la question de l'affiliation familiale qui semble être centrale. C'est autrement dit la question du faire famille, avec la possible renégociation de liens dégradés avec les grands-parents, ou l'accès à une place considérée à égalité avec les autres membres de la fratrie (je suis père/mère à l'égal de mes frères/soeurs).

Dans le cas où leurs enfants ont été placés, l'échec est mis sur le compte d'un défaut d'éducation : on leur a appris à tenir un ménage, mais on ne leur a pas transmis les ressources psychiques susceptibles de les aider à faire valoir leurs choix, à être vecteur d'autorité ou à véhiculer des valeurs. En outre ils mettent cet échec sur le compte de ruptures dans leurs propres parcours de vie, identiques à celles connues dans leur propre enfance : séparation , perte d'emploi, problématiques psychologiques rencontrées lors de l'arrivée de l'enfant, instabilité du milieu environnant.

Malgré le fait que beaucoup puissent se dire en difficulté avec leurs enfants, notamment quand ceux-ci grandissent, ce qui continuent à compter c'est la question de l'échelle sociale : l'enfant doit suivre une scolarité normale, pas comme nous ; réussir dans la vie ; etc...

Sandrine
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