Désir d'enfant

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Désir d'enfant

Message par CamilleV le Mar 3 Oct - 15:01

Bon, c'est un truc écrit un peu à l'arrache, sur le coup de l'inspiration. Donc c'est non seulement incomplet, mais peut-être aussi caricatural. Il faudra aussi étayer tout ça par des apports théoriques...

Et puis comme nous le disait Monsieur Lacour, il faut aussi savoir distinguer le désir d'enfant et le désir d'être parent... deux choses effectivement très différentes !



1) Le temps du désir de grossesse et/ou du désir d'enfant.

a. enjeux psychologiques et sociétaux

Bien qu'il soit appréhendé différemment par chacun, ce temps a ses spécificités, qu'on le considère sous son versant social ou psychologique.

Du point de vue social, le désir d'enfant ou de grossesse correspond bien souvent à l'ambition qu'a la personne d'entrer dans une vie adulte, c'est-à-dire dans une vie où les choix et les responsabilités sont librement assumés et où ils peuvent jouer pleinement comme facteurs de consolidation des liens affectifs à l'environnement. Dans la plus grande partie de la population, l'investissement dans une vie de couple intervient ainsi comme un moment fortement ritualisé, avec des enjeux de reconnaissance sociale aussi puissants que variés. Par-là les individus témoignent de leur capacité à accueillir une certaine norme et à s'y ajuster, ils entendent exprimer leur indépendance face au milieu qui les a vu grandir et qui les a éduqué, ils veulent témoigner de leur faculté à s'épanouir affectivement avec un autre, ou faire la démonstration qu'ils savent se prendre en charge de manière autonome, agir en concertation avec un autre, etc.

Il arrive alors que la volonté de mettre au monde un enfant et de s'engager dans le travail de la parentalité soit envisagé comme constitutif d'une sorte d'aboutissement provisoire à l'intérieur de ce même processus de reconnaissance.

La conception de l'enfant et sa venue au monde sont en effet l'occasion d'une certaine affirmation de soi, dont l'expression concrète engage un large mouvement de renégociation des différents modes d'attachement qui jusque-là reliaient la personne à son environnement : les parents deviennent grand-parents, l'enfant devient père ou mère, il prend à charge d'inculquer les valeurs qu'il a lui-même reçu, il doit à son tour en créer de nouvelles relativement à ce qu'il considère bon ou mauvais, il doit n'être plus seulement garant de lui-même mais d'un autre auquel il doit bien-être et sécurité, faire aussi le pas vers des démarches ou des organisations qui auparavant lui étaient fermées comme non-intéressé, etc.

Pour les personnes en situation de handicap mental, la force et la qualité des enjeux qui se posent à ce niveau se trouvent démultipliés. Pour un certain nombre, ces personnes portent sur leurs épaules le poids, illusoire ou réel, d'avoir été l'enfant "raté" de la famille, celui qui a posé problème et qui n'a eu cesse de décevoir tous les espoirs, celui dont on n'a jamais parlé qu'avec gêne, qui encore aujourd'hui demeure un assisté, même après avoir atteint l'âge adulte.

Ce vilain petit canard dont on a toujours désespéré qu'il deviendrait cygne hante leur appréhension d'elles-mêmes, et dans certains cas ce récit surdétermine leurs choix existentiels, jusqu'à contaminer la forme-même de leur volonté de façon aliénante : tout ce qui est entrepris est fait en fonction de cet unique paramètre et s'offre comme une réponse au trauma initial, avec pour effet de l'amener à perpétuellement se rejouer.

Face à ce vécu dégradant et traumatique, le projet de fonder une famille peut alors intervenir du point de vue de la personne comme une manière de déjouer le désespoir qui les cible, en gagnant vis-à-vis des autres membres de leur famille et de leur environnement social une place d'égal. En accédant eux-mêmes au statut de parents ils seront les égaux de leurs parents, les égaux de leurs frères et soeurs qui le sont aussi, les égaux enfin de tous ceux qu'ils côtoient au quotidien et qui ont fait famille.

Par-delà cette question du nivellement des places à l'intérieur de la structure sociale et familiale, l'entrée dans la parentalité peut aussi venir conforter la personne en situation de déficience intellectuelle dans son rôle de sachant, en opposition au rôle de non-sachant qui depuis sa petite-enfance lui a été réservé ou accolé. Avoir un enfant, c'est en effet non seulement s'inscrire dans une filiation, mais c'est aussi s'inscrire dans un certain système de transmission culturelle et intergénérationnelle, en témoignant soi-même de la maîtrise d'un certain savoir, du plus archaïque (je sais comment se font les enfants) au plus élaboré (je sais prendre soin d'un enfant).

Alors certes, considérer que la volonté d'enfanter chez les personnes déficientes intellectuelles ne serait que leur manière à elles de "compenser leur handicap" constitue un point de vue réducteur à bien des niveaux. Et il faut se garder d'occulter tous les autres facteurs qui à ce niveau entrent en compte. Comme la simple preuve d'amour faite au conjoint ou à soi-même. Comme le désir de s'affirmer dans sa féminité, dans sa masculinité, ou plus généralement dans son genre. Comme l'acte mytho-poétique de mettre un être au monde à partir de sa propre substance. Ou comme encore la volonté de s'engager dans un monde commun, celui de notre humanité partagée, par sa perpétuation et son enrichissement.

Toutefois la démarche d'accompagnement que nous souhaitons mettre en oeuvre ne saurait faire l'impasse sur cette problématique spécifique de l' "enfant compensatoire" chez les personnes en situation de déficience intellectuelle, notamment si l'on considère les possibles répercussions qu'elle peut avoir au niveau psychique dans la relation du parent à son enfant.

Là encore nous devrons nous garder de tirer des règles générales, et le cadre théorique que nous allons présenter pour tenter d'éclaircir les processus psychiques qui nous paraissent sous-tendre le "désir d'enfant" dans ses développements les plus risqués n'est à prendre que comme un certain prisme intellectuel ouvert sur d'autres axes interprétatifs.  

Qu'elle soit porteuse de handicap ou non, la personne dont le désir se construit autour du geste de l'enfantement va progressivement s'ouvrir à une certaine dimension de son être propre à l'intérieur desquels les processus d'idéalisation sont forts. A ce stade, qui précède l'effort de concrétisation réel de ce désir, parentalité et enfantement font l'objet d'une vaste activité onirique, sur le mode du rêve éveillé, avec production de scénarios imaginaires élaborés sur le mode du "et si..." :

et si j'étais maman/papa, je serais tel(-le) maman/papa, comme ci mais pas comme ça, avec tels principes d'éducation ou tels autres...
et si j'avais un enfant, il serait tel enfant, un fils ou une fille, avec mes yeux ou telle caractéristique d'un d'entre nous, et tel de mes espoirs...

Ces scénarios imaginaires qui accompagnent la personne dans sa rêverie sont alors tissés d'images d'un enfant idéal ou d'une vie familiale harmonieuse, à l'intérieure desquelles la figure du "bon parent que je serai" répond idéalement à la figure du "bon enfant que mon enfant sera". Ainsi que l'a bien mis en perspective la psychanalyste Pierra Aulagnier,

dont la représentation occupe bien souvent une fonction de renarcissisation du sujet, en comblant éventuellement des failles survenues dans sa propre enfance ou dans sa propre éducation. (rechercher étayage dans la littérature).

Il arrive alors que la personne cet "et si..." sur le mode du "comme si...", sans plus pouvoir entendre les appels du principe de réalité (que ses appels viennent de l'entourage familial, du corps médical, des accompagnants, etc), lesquels sont perçus comme décevants, voire parfois hostiles.

Dans le cas où la personne aborde son désir d'enfant dans sa fonction essentiellement réparatrice, alors il peut lui sembler que les inquiétudes exprimées autour d'elle viennent faire obstruction à cette dynamique : "on veut que j'aille mal, on ne veut pas que j'évolue, que je sois normale".

Dans les autres situations, ces exhortations et ces mises en garde peuvent être vécues par la personne comme autant de tentatives d'ingérence dans sa vie privée, comme une remise en question de ses choix et de ses engagements personnels : choix du conjoint, choix du mode de vie, choix sexuels...

CamilleV

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