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Message par CamilleV le Ven 13 Oct - 9:30

1. Prendre en charge les PADI en marge.

A travers notre première question nous souhaiterions revenir avec vous sur la question de l'orientation des personnes vers votre service.

Lorsque la dernière fois nous vous avons interrogé sur la manière dont les personnes étaient orientées chez vous, vous nous avez expliqué que :

La notion de bouche à oreille implique que les personnes que vous accompagnez sont prises au préalable dans des réseaux de socialisation pré-existants, avec un étayage important des services sociaux (ESAT, SAVS, etc.).

Or d'après nos lectures, pour nombre de personnes, avoir un enfant semble souvent aller de pair avec une volonté de s'émanciper à l'égard du secteur du handicap et de l'accompagnement spécialisé. C'est par exemple le point de vue de Marie-Anne Gaudin, qui explique que pour les personnes D.I. l'enfant apparaît comme le moyen « d'écarter une identité sociale disqualifiante ». Il arrive alors que certaines familles, à l'occasion de la naissance de l'enfant, rompent leurs attaches avec le milieu protégé.

Sur un autre plan certains sociologues, comme par exemple D.L. WILLEMS, ont montré que les situations de PADI les plus problématiques, à savoir celles qui dérivent sur de mauvais ajustements parentaux, sont celles où les personnes sont isolées socialement, professionnellement et géographiquement.

Près de 50% des parents (54% des mères et 40% des pères) sont aidés dans le cadre de la Protection Maternelle et Infantile (P.M.I.), ce qui représente le pourcentage le plus important de l’aide. Evidemment ce pourcentage (qui ne représente pas 100%) est en lien avec le pourcentage d’enfants placés (cf. § 2.2.) puisque dans ces cas la P.M.I. n’est pas une aide pour les parents biologiques. Les services sociaux du Conseil Général arrivent dans 40% des situations d’aide aux PADI. Dans 26% des situations (27% pour les mères et 24% pour les pères) il existe l’aide d’une assistante maternelle. Les services médico-sociaux scolaires représentent une aide dans près de 17% des situations et les services municipaux de la petite enfance pour environ 15%. Plus loin en fréquence, on trouve l’aide de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) pour 8% des familles et celle de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (C.P.A.M.) dans 5% des situations. [enquête PADI]

Si l’on excepte les Services d’Accompagnement (S.A.) qui évidemment, compte tenu du choix des destinataires de l’enquête, concernent une très grande majorité de PADI (87% des mères et 81% des pères), trois types d’aide semblent dominer. L’aide proposée par les équipes de soutien de Centres d’Aide par le Travail (C.A.T.) (21% pour les mères contre 19 % pour les pères). Ces aides sont proposées dans le cadre professionnel et permettent aux personnes de se former sur les dimensions en relation directe avec la vie sociale. Arrivent ensuite deux types d’aide directement en lien avec les questions de parentalité. Dans 15% des situations, il y une mesure d’Action Educative en Milieu Ouvert (A.E.M.O.) et dans le même pourcentage il y a l’existence d’une famille d’accueil. Il est à noter que l’aide d’un service d’A.E.M.O. peut exister indépendamment d'une mesure de placement ou lorsque l’enfant est placé.[enquête PADI]

Comment alors toucher ces familles, où on voit bien que le bouche à oreille ne fonctionnera pas, et chez lesquelles les services sociaux sont moins présents ?

Et plus pragmatiquement avez-vous des indications chiffrée concernant le nombre de familles dans votre secteur (bassin de Saint Nazaire et Pays-de-Retz) qui pourraient potentiellement être concernées par votre accompagnement ? Quel pourcentage prenez-vous effectivement en charge ? Quelle explication pourriez-vous donner à la part manquante, à ceux que vous ne parvenez pas à toucher ?

2. Les effets de l'accompagnement du SASP 

Quelles sont les problématiques qui poussent les personnes à venir dans votre service ? Autrement dit quels problèmes les parents PADI rencontrent-ils dans leur parentalité ?  

Quels sont les effets notables de l'accompagnement ? Avez-vous par exemple eu les moyens de vérifier si le travail de vos services a contribué à endiguer le nombre de placements ou de signalements auprès des services de protection de l'enfance ?

Si l’on observe le nombre d’enfants vivant au domicile, il est intéressant de noter que les familles à un enfant sont les plus nombreuses, ce qui est assez cohérent avec les données précédentes, même s’il y a un écart (301 contre 363). Il semblerait donc qu’il y ait eu une « perte » de 62 enfants qui représentent une partie d’enfants placés (en institution ou famille d’accueil).

Ce que nous donnent à voir les résultats enregistrés sur la variable « placement de l'enfant » est que la majorité des enfants (67,2%) n’est pas placée et vivent avec leurs parents. Le nombre de réponses obtenues sur cette variable est très important (833 sur 1060). Ce qui signifie que les travailleurs sociaux répondants sont bien renseignés. Les pourcentages ne portent donc pas sur un échantillon mineur d'enfants : l’idée que les enfants de PADI sont placés à la naissance ou après (en institution ou en famille d’accueil) est contredite. Ceci étant, quand on rapporte le nombre d’enfants de PADI placés au nombre d’enfants de parents ordinaires placés, on observe une différence significative (32,77% contre 0,16% significatif à .01 au test X²). Dit autrement, même si une large majorité d'entre eux ne le sont pas, les enfants de PADI sont davantage en situation de placement que les enfants de parents ordinaires.
A l'instar des observations et analyses en matière de « criminalisation de la pauvreté » à propos des placements1 assisterait-on à une criminalisation du handicap ?L'attention portée aux familles de PADI les surexposerait-elle, par effet de stigmatisation, à certains types de mesures de retrait et de placement ? Y aurait-il davantage de situations relevant du placement judiciaire ici qu'ailleurs ?


Ou à endiguer des retards cognitifs chez l'enfant du fait de mauvais ajustements parentaux ?

Après avoir constaté que tous les enfants ne naissent pas déficients intellectuels, il s’agit de savoir s’ils le deviennent tous. Les chiffres enregistrés démontrent qu’ils ne deviennent pas tous déficients intellectuels. Cependant, il est possible d'affiner ce résultat. D’abord en signalant le pourcentage important (17%) d’enfants ayant une reconnaissance de handicap. Ensuite on ne peut prendre en compte la variable scolarisation actuelle car trop soumise au nombre important de jeunes enfants non scolarisés ainsi qu’aux 30% d’enfants qui sont en classe de maternelle et aux 12% en cours préparatoire à l’école primaire pour observer une déficience intellectuelle. En effet, en dépit du taux d’intégration scolaire d’enfants déficients intellectuels qui reste faible en France, il est assez fréquent, notamment en école maternelle, d’observer des enfants D.I. en classe avec d’autres enfants. Cependant, la variable « dernier type d’établissement fréquenté » nous renseigne de façon assez claire sur ce point : parmi tous les enfants ayant fréquenté un établissement scolaire ou adapté, on peut remarquer que 27% de ces derniers ont fréquenté un établissement spécialisé, dont 23% un I.M.E.
Pour aller plus loin, nous trouvons des situations de handicap quantitativement supérieures à celles constatées habituellement sur des populations ordinaires. Ces chiffres s’avèrent suffisamment élevés pour justifier un approfondissement permettant de mieux comprendre la réalité qu'ils révèlent. D'une déficience intellectuelle de l'enfant acquise par carence de stimulation et défaut de soins, aux effets sociaux des prophéties autoréalisatrices, en passant par une relative invisibilité des enfants avec une déficience dans le système scolaire non obligatoire, nous pouvons là émettre de multiples hypothèses pour expliquer cette situation. Cependant, les résultats rompent et contredisent le sens commun et le discours pré destinatoire.


La question scolaire. Même interrogation.

Notre étude nous conduit à relativiser de nouveau les représentations de sens commun sur l’échec scolaire des enfants de PADI. La première raison réside dans le constat que la notion d’« échec scolaire » elle-même n’est pas vérifiée ; ce qui est ici observable relève plutôt de la « difficulté scolaire ». Cette « difficulté » se déploie en triptyque : de nombreux enfants sont en difficultés scolaires, les PADI sont eux-mêmes en difficulté devant les difficultés de leurs enfants, des dispositifs d’aide et de réduction de ces difficultés sont mis en place. La deuxième raison est qu’au vu des statistiques d’âge et d’une précocité des dispositifs d’aide, il serait pour le moins stigmatisant de pronostiquer dans le moyen ou long terme un « échec »…
Ce que suggèrent finalement les résultats, c’est que les enfants de PADI seraient, sous réserve d’une étude plus fine, dans un type de situation scolaire très particulière en comparaison de la population française : près d’un tiers d’entre eux sont en institution spécialisée, ce qui accréditerait l’idée que les deux tiers restant seraient en fragilité sur le plan des difficultés scolaires, dotés de parents en difficultés sur le même plan mais ayant mobilisé ou accepté un dispositif d’aide, ce qui pourrait contrarier le phénomène de reproduction.

3. L'accompagnement à domicile, une piste suffisante ?

Dans la plupart des articles scientifiques que nos avons lu, les conclusions rejoignent le point de vue selon lequel le problème des familles PADI ne se situe pas tant au niveau des compétences parentales, mais sont à chercher du côté des défauts d'intégration sociale. Défauts qui seraient repérés au niveau socio-économique, mais aussi et surtout peut-être au niveau de la vie collective et du vivre ensemble.

Or il semble, à première vue du moins, que votre service est essentiellement centré autour de la cellule familiale, comme semble l'indiquer le fait que la plupart des visites se font au domicile. Mais travailler l'intégration sociale, c'est à un certain moment sortir du domicile pour se rendre sur les lieux où la parentalité et la vie familiale sont soit abordés différemment soit sont même connexes. Être un bon parent, est-ce que cela n'en passe pas d'abord par être un adulte épanoui dans sa vie familiale et en dehors d'elle ?

C'est sortir du domicile, mais c'est aussi faire un travail sur l'environnement : les voisins, la communauté, la famille proche... Sont-ce des dimensions prises en compte dans votre approche ?

Le premier élément remarquable est le nombre important de PADI participant peu ou pas à la vie sociale. Chez les mères, une sur deux a une participation moyenne ou bonne à la vie sociale, l'autre moitié a une participation cotée de moyenne à nulle sur le valuateur. On observe donc qu'une mère sur deux paraît éloignée ou plutôt éloignée de la vie sociale. Sous une forme un peu atténuée, ce phénomène est également observable chez les pères. [PADI. 145]

4. La question économique en général et celle du partenariat avec les organismes tutélaires.


La question économique (qui inclut le travail certes, mais aussi l'hébergement et la locomotion) : comment pèse-t-elle dans la problématique ? Quelles solutions sont apportées par le service/quel travail avec les organismes tutélaires ?

Les mères sont presque deux fois plus nombreuses à utiliser les transports en commun que les pères. Ceci semble évidemment à mettre en lien avec la nécessité de se déplacer pour les besoins liés à la maison, aux achats… que le père ne réalise pas ou peu. [PADI. 141]
Les ressources mensuelles (salaires et allocations diverses confondues) sont de 922 euros en moyenne pour les mères et de 1005 euros en moyenne pour les pères. Compte tenu du fait que les situations des PADI ne se résument pas seulement à des couples mais aussi à des situations de parents isolés (souvent la mère), on peut suspecter les conditions difficiles dans lesquelles se trouvent certaines familles
Globalement, les familles PADI ne semblent pas relever des situations de grande pauvreté qui frappent les travailleurs durablement exclus du marché de l'emploi et qui relèvent par exemple du R.M.I. Le travail protégé semble ici jouer une fonction de protection.


5. Le maillage territorial et la multiplicité des politiques d'accueil.  


Lors de notre entretien précédent, vous avez ménagé une grande place à la question territoriale. Cette question est apparue à plusieurs reprises. Que ce soit au niveau de l'historique-même du projet avec la création d'un groupe de travail pluri-institutionnel piloté par le département. Que ce soit au niveau de votre logique partenariale avec la création de l'Intersaps44. Ou que ce soit encore au niveau de votre pratique d'accompagnement en elle-même, avec une priorité donnée à l'accompagnement à domicile (et donc des équipes mobiles) et une mise en relation des personnes accompagnées avec les partenaires du soin et de l'accompagnement social.

On en comprend donc que la création de votre structure et son existence son dépendantes d'un certain certain maillage territorial... ou pour le dire autrement que le SASP n'existe pas sans son réseau... voire même qu'il n'existe pas sans les autres SASP.

Or nous aimerions mettre cette donnée en discussion avec la question de l'orientation des personnes vers vos différents services, question qui est tout autant relative à celle de savoir quelle complémentarité est pensée entre vos différents services, de manière à ce qu'une meilleure couverture de service soit offerte à cette population spécifique.

Car qui dit maillage en réseau, dit aussi qu'il y a des trous entre les mailles...

Lors de notre entretien, vous nous avez donné une information essentielle ; à savoir que « Nous on s'appuie sur les politiques dans le domaine du handicap, contrairement à Lille où eux ils s'appuient sur les politiques de la protection de l'enfance. »

Ce sont là deux politiques très différentes, qui d'un certain côté entrent en opposition.

Mais tout autant elles pourraient être complémentaires, en permettant de « ratisser » plus largement auprès d'un public plus hétérogène, témoignant de parcours différenciés.

D'où la question : est-ce que les 4 Sasp de Loire-Atlantique s'appuient également sur les politiques de compensation du handicap. OU leur abord du problème est-il différencié ? Et si oui, l'est-il volontairement ?

6. La question du nombre limité des places et du turn-over que ça autorise


24 places : Quel turn-over ça autorise ? Est-ce que les quatre structures au niveau du département suffisent à couvrir tous les besoins ? Dans quelle proportion estime-t-on les manques à ce niveau ?

CamilleV

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Message par Admin le Ven 13 Oct - 18:24

CamilleV a écrit:1. Prendre en charge les PADI en marge.

A travers notre première question nous souhaiterions revenir avec vous sur la question de l'orientation des personnes vers votre service.

Lorsque la dernière fois nous vous avons interrogé sur la manière dont les personnes étaient orientées chez vous, vous nous avez expliqué que :

La notion de bouche à oreille implique que les personnes que vous accompagnez sont prises au préalable dans des réseaux de socialisation pré-existants, avec un étayage important des services sociaux (ESAT, SAVS, etc.).

Or d'après nos lectures, pour nombre de personnes, avoir un enfant semble souvent aller de pair avec une volonté de s'émanciper à l'égard du secteur du handicap et de l'accompagnement spécialisé. C'est par exemple le point de vue de Marie-Anne Gaudin, qui explique que pour les personnes D.I. l'enfant apparaît comme le moyen « d'écarter une identité sociale disqualifiante ». Il arrive alors que certaines familles, à l'occasion de la naissance de l'enfant, rompent leurs attaches avec le milieu protégé.

Sur un autre plan certains sociologues, comme par exemple D.L. WILLEMS, ont montré que les situations de PADI les plus problématiques, à savoir celles qui dérivent sur de mauvais ajustements parentaux, sont celles où les personnes sont isolées socialement, professionnellement et géographiquement.

Près de 50% des parents (54% des mères et 40% des pères) sont aidés dans le cadre de la Protection Maternelle et Infantile (P.M.I.), ce qui représente le pourcentage le plus important de l’aide. Evidemment ce pourcentage (qui ne représente pas 100%) est en lien avec le pourcentage d’enfants placés (cf. § 2.2.) puisque dans ces cas la P.M.I. n’est pas une aide pour les parents biologiques. Les services sociaux du Conseil Général arrivent dans 40% des situations d’aide aux PADI. Dans 26% des situations (27% pour les mères et 24% pour les pères) il existe l’aide d’une assistante maternelle. Les services médico-sociaux scolaires représentent une aide dans près de 17% des situations et les services municipaux de la petite enfance pour environ 15%. Plus loin en fréquence, on trouve l’aide de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) pour 8% des familles et celle de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (C.P.A.M.) dans 5% des situations. [enquête PADI]

Si l’on excepte les Services d’Accompagnement (S.A.) qui évidemment, compte tenu du choix des destinataires de l’enquête, concernent une très grande majorité de PADI (87% des mères et 81% des pères), trois types d’aide semblent dominer. L’aide proposée par les équipes de soutien de Centres d’Aide par le Travail (C.A.T.) (21% pour les mères contre 19 % pour les pères). Ces aides sont proposées dans le cadre professionnel et permettent aux personnes de se former sur les dimensions en relation directe avec la vie sociale. Arrivent ensuite deux types d’aide directement en lien avec les questions de parentalité. Dans 15% des situations, il y une mesure d’Action Educative en Milieu Ouvert (A.E.M.O.) et dans le même pourcentage il y a l’existence d’une famille d’accueil. Il est à noter que l’aide d’un service d’A.E.M.O. peut exister indépendamment d'une mesure de placement ou lorsque l’enfant est placé.[enquête PADI]

Comment alors toucher ces familles, où on voit bien que le bouche à oreille ne fonctionnera pas, et chez lesquelles les services sociaux sont moins présents ?

Et plus pragmatiquement avez-vous des indications chiffrée concernant le nombre de familles dans votre secteur (bassin de Saint Nazaire et Pays-de-Retz) qui pourraient potentiellement être concernées par votre accompagnement ? Quel pourcentage prenez-vous effectivement en charge ? Quelle explication pourriez-vous donner à la part manquante, à ceux que vous ne parvenez pas à toucher ?

2. Les effets de l'accompagnement du SASP 

Quelles sont les problématiques qui poussent les personnes à venir dans votre service ? Autrement dit quels problèmes les parents PADI rencontrent-ils dans leur parentalité ?  

Quels sont les effets notables de l'accompagnement ? Avez-vous par exemple eu les moyens de vérifier si le travail de vos services a contribué à endiguer le nombre de placements ou de signalements auprès des services de protection de l'enfance ?

Si l’on observe le nombre d’enfants vivant au domicile, il est intéressant de noter que les familles à un enfant sont les plus nombreuses, ce qui est assez cohérent avec les données précédentes, même s’il y a un écart (301 contre 363). Il semblerait donc qu’il y ait eu une « perte » de 62 enfants qui représentent une partie d’enfants placés (en institution ou famille d’accueil).

Ce que nous donnent à voir les résultats enregistrés sur la variable « placement de l'enfant » est que la majorité des enfants (67,2%) n’est pas placée et vivent avec leurs parents. Le nombre de réponses obtenues sur cette variable est très important (833 sur 1060). Ce qui signifie que les travailleurs sociaux répondants sont bien renseignés. Les pourcentages ne portent donc pas sur un échantillon mineur d'enfants : l’idée que les enfants de PADI sont placés à la naissance ou après (en institution ou en famille d’accueil) est contredite. Ceci étant, quand on rapporte le nombre d’enfants de PADI placés au nombre d’enfants de parents ordinaires placés, on observe une différence significative (32,77% contre 0,16% significatif à .01 au test X²). Dit autrement, même si une large majorité d'entre eux ne le sont pas, les enfants de PADI sont davantage en situation de placement que les enfants de parents ordinaires.
A l'instar des observations et analyses en matière de « criminalisation de la pauvreté » à propos des placements1 assisterait-on à une criminalisation du handicap ?L'attention portée aux familles de PADI les surexposerait-elle, par effet de stigmatisation, à certains types de mesures de retrait et de placement ? Y aurait-il davantage de situations relevant du placement judiciaire ici qu'ailleurs ?


Ou à endiguer des retards cognitifs chez l'enfant du fait de mauvais ajustements parentaux ?

Après avoir constaté que tous les enfants ne naissent pas déficients intellectuels, il s’agit de savoir s’ils le deviennent tous. Les chiffres enregistrés démontrent qu’ils ne deviennent pas tous déficients intellectuels. Cependant, il est possible d'affiner ce résultat. D’abord en signalant le pourcentage important (17%) d’enfants ayant une reconnaissance de handicap. Ensuite on ne peut prendre en compte la variable scolarisation actuelle car trop soumise au nombre important de jeunes enfants non scolarisés ainsi qu’aux 30% d’enfants qui sont en classe de maternelle et aux 12% en cours préparatoire à l’école primaire pour observer une déficience intellectuelle. En effet, en dépit du taux d’intégration scolaire d’enfants déficients intellectuels qui reste faible en France, il est assez fréquent, notamment en école maternelle, d’observer des enfants D.I. en classe avec d’autres enfants. Cependant, la variable « dernier type d’établissement fréquenté » nous renseigne de façon assez claire sur ce point : parmi tous les enfants ayant fréquenté un établissement scolaire ou adapté, on peut remarquer que 27% de ces derniers ont fréquenté un établissement spécialisé, dont 23% un I.M.E.
Pour aller plus loin, nous trouvons des situations de handicap quantitativement supérieures à celles constatées habituellement sur des populations ordinaires. Ces chiffres s’avèrent suffisamment élevés pour justifier un approfondissement permettant de mieux comprendre la réalité qu'ils révèlent. D'une déficience intellectuelle de l'enfant acquise par carence de stimulation et défaut de soins, aux effets sociaux des prophéties autoréalisatrices, en passant par une relative invisibilité des enfants avec une déficience dans le système scolaire non obligatoire, nous pouvons là émettre de multiples hypothèses pour expliquer cette situation. Cependant, les résultats rompent et contredisent le sens commun et le discours pré destinatoire.


La question scolaire. Même interrogation.

Notre étude nous conduit à relativiser de nouveau les représentations de sens commun sur l’échec scolaire des enfants de PADI. La première raison réside dans le constat que la notion d’« échec scolaire » elle-même n’est pas vérifiée ; ce qui est ici observable relève plutôt de la « difficulté scolaire ». Cette « difficulté » se déploie en triptyque : de nombreux enfants sont en difficultés scolaires, les PADI sont eux-mêmes en difficulté devant les difficultés de leurs enfants, des dispositifs d’aide et de réduction de ces difficultés sont mis en place. La deuxième raison est qu’au vu des statistiques d’âge et d’une précocité des dispositifs d’aide, il serait pour le moins stigmatisant de pronostiquer dans le moyen ou long terme un « échec »…
Ce que suggèrent finalement les résultats, c’est que les enfants de PADI seraient, sous réserve d’une étude plus fine, dans un type de situation scolaire très particulière en comparaison de la population française : près d’un tiers d’entre eux sont en institution spécialisée, ce qui accréditerait l’idée que les deux tiers restant seraient en fragilité sur le plan des difficultés scolaires, dotés de parents en difficultés sur le même plan mais ayant mobilisé ou accepté un dispositif d’aide, ce qui pourrait contrarier le phénomène de reproduction.

3. L'accompagnement à domicile, une piste suffisante ?

Dans la plupart des articles scientifiques que nos avons lu, les conclusions rejoignent le point de vue selon lequel le problème des familles PADI ne se situe pas tant au niveau des compétences parentales, mais sont à chercher du côté des défauts d'intégration sociale. Défauts qui seraient repérés au niveau socio-économique, mais aussi et surtout peut-être au niveau de la vie collective et du vivre ensemble.

Or il semble, à première vue du moins, que votre service est essentiellement centré autour de la cellule familiale, comme semble l'indiquer le fait que la plupart des visites se font au domicile. Mais travailler l'intégration sociale, c'est à un certain moment sortir du domicile pour se rendre sur les lieux où la parentalité et la vie familiale sont soit abordés différemment soit sont même connexes. Être un bon parent, est-ce que cela n'en passe pas d'abord par être un adulte épanoui dans sa vie familiale et en dehors d'elle ?

C'est sortir du domicile, mais c'est aussi faire un travail sur l'environnement : les voisins, la communauté, la famille proche... Sont-ce des dimensions prises en compte dans votre approche ?

Le premier élément remarquable est le nombre important de PADI participant peu ou pas à la vie sociale. Chez les mères, une sur deux a une participation moyenne ou bonne à la vie sociale, l'autre moitié a une participation cotée de moyenne à nulle sur le valuateur. On observe donc qu'une mère sur deux paraît éloignée ou plutôt éloignée de la vie sociale. Sous une forme un peu atténuée, ce phénomène est également observable chez les pères. [PADI. 145]

4. La question économique en général et celle du partenariat avec les organismes tutélaires.


La question économique (qui inclut le travail certes, mais aussi l'hébergement et la locomotion) : comment pèse-t-elle dans la problématique ? Quelles solutions sont apportées par le service/quel travail avec les organismes tutélaires ?

Les mères sont presque deux fois plus nombreuses à utiliser les transports en commun que les pères. Ceci semble évidemment à mettre en lien avec la nécessité de se déplacer pour les besoins liés à la maison, aux achats… que le père ne réalise pas ou peu. [PADI. 141]
Les ressources mensuelles (salaires et allocations diverses confondues) sont de 922 euros en moyenne pour les mères et de 1005 euros en moyenne pour les pères. Compte tenu du fait que les situations des PADI ne se résument pas seulement à des couples mais aussi à des situations de parents isolés (souvent la mère), on peut suspecter les conditions difficiles dans lesquelles se trouvent certaines familles
Globalement, les familles PADI ne semblent pas relever des situations de grande pauvreté qui frappent les travailleurs durablement exclus du marché de l'emploi et qui relèvent par exemple du R.M.I. Le travail protégé semble ici jouer une fonction de protection.


5. Le maillage territorial et la multiplicité des politiques d'accueil.  


Quelle est la grandeur du territoire d intervention?
Lors de notre entretien précédent, vous avez ménagé une grande place à la question territoriale. Cette question est apparue à plusieurs reprises. Que ce soit au niveau de l'historique-même du projet avec la création d'un groupe de travail pluri-institutionnel piloté par le département. Que ce soit au niveau de votre logique partenariale avec la création de l'Intersaps44. Ou que ce soit encore au niveau de votre pratique d'accompagnement en elle-même, avec une priorité donnée à l'accompagnement à domicile (et donc des équipes mobiles) et une mise en relation des personnes accompagnées avec les partenaires du soin et de l'accompagnement social.

On en comprend donc que la création de votre structure et son existence son dépendantes d'un certain certain maillage territorial... ou pour le dire autrement que le SASP n'existe pas sans son réseau... voire même qu'il n'existe pas sans les autres SASP.

Or nous aimerions mettre cette donnée en discussion avec la question de l'orientation des personnes vers vos différents services, question qui est tout autant relative à celle de savoir quelle complémentarité est pensée entre vos différents services, de manière à ce qu'une meilleure couverture de service soit offerte à cette population spécifique.

Car qui dit maillage en réseau, dit aussi qu'il y a des trous entre les mailles...

Lors de notre entretien, vous nous avez donné une information essentielle ; à savoir que « Nous on s'appuie sur les politiques dans le domaine du handicap, contrairement à Lille où eux ils s'appuient sur les politiques de la protection de l'enfance. »

Ce sont là deux politiques très différentes, qui d'un certain côté entrent en opposition.

Mais tout autant elles pourraient être complémentaires, en permettant de « ratisser » plus largement auprès d'un public plus hétérogène, témoignant de parcours différenciés.

D'où la question : est-ce que les 4 Sasp de Loire-Atlantique s'appuient également sur les politiques de compensation du handicap. OU leur abord du problème est-il différencié ? Et si oui, l'est-il volontairement ?

6. La question du nombre limité des places et du turn-over que ça autorise


24 places : Quel turn-over ça autorise ? Est-ce que les quatre structures au niveau du département suffisent à couvrir tous les besoins ? Dans quelle proportion estime-t-on les manques à ce niveau ?

7. Questions sur les organismes tutélaires=Financeurs
- Quelle était la volonté de départ du département? Réduire les coûts engendres par les placements? Réduire les coûts engendrés par un suivi en AEA ou AED?
- si le département voulait réduire le nombre des intervenants c est bien pour des questions d économies
?

- est ce le SASP peut être considére comme la version "handicap" de l AED?
- est ce que le SASP a été pense comme l intermédiaire entre " une compensation du handicap", donc du côté de la personne en situation de handicap et la protection de l enfance donc du côté de l enfant?
En lien avec ces 2 dernières questions, les questions de la 4 eme partie de l interview seraient intéressantes à poser donc les voici:
Quelles limites donnez-vous à votre accompagnement, notamment face aux situations de maltraitance ? Quelle contractualisation est mise autour de ces limites ? Les familles sont-elles informées dès l'admission que, la situation l'exigeant, vous pourriez entreprendre des démarches aboutissant à des enquêtes sociales, type information préoccupante ? Voire au placement final de l'enfant ?[/


8. Modalité d accompagnement
Je reviendrai volontiers sur les modalités d accompagnement comme cela était posé dans l questionnaire initial:
-processus d admission
-évaluation des compétences parentales


9. Partenaires institutionnels
Pareil les questions restent à poser je pense:
- nous en dire plus sur le réseau affective, sexualité et parentalite? Qui participe? Les modalités de rencontre?...
- quand  M Lacourt nous parlait que le SASP pouvait porter le contrat de la TISF qu est ce qu il voulait dire? Faire un CDD?
- est ce qu ils rencontrent la problématique du logement? Si oui ont ils développer un réseau?
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Re: Retour sur l'entretien

Message par emilie le Ven 13 Oct - 19:04

Questions suite à la lecture de l'entretien dans l'ordre chronologique de l’interview :

- "Le contrat d'accompagnement est signé directement avec les personnes ". la contractualisation est directe. Est-ce que les partenaires sont / peuvent-être signataires du contrat ? Est-ce qu'il peut y avoir des signataires multiples? Si c'est un couple signe et que l'un de deux ne veut plus de contrat y-a t'il la possibilité d'un avenant pour le parent qui souhaite continuer l’accompagnement? Le contrat peut-il être modifié au cours d'une année ("il est reconduit tacitement chaque année")
Pourrait-on avoir un contrat type ?

- Le partenariat est-il contractualisé par des conventions de partenariat ?
Peut-on avoir une liste des différents partenaires ?

- Pourrait-on avoir la convention SAPS avec le département? Que dit-elle? Est-ce qu'il y aune obligation de réussite? lien avec ce qu'à écrit Camille sur les effets de l’accompagnement et leur manière d'évaluer leur travail. Sur quels critères ? Que demande le département comme rapport d'activité annuel ?

- Quels types d’intervention fait e SAPS dans les centres de formation ? est-ce une sensibilisation ? un module de formation ?  
- Comment sont formés les intervenants du SAPS ? Formation d'équipe ?

- Quel est le processus de candidature ? Quelle est la fonction de la psychologue das le processus ? Quel type de demande doivent faire les bénéficiaires ? (rencontre, dossier ?) Sur quels critères sont choisis les candidats ?Comment font-il sen cas de situation d'urgence ? Lien avec le turn over qu'énonce Camille. Combien de nouveau candidat depuis la création? combien de famille accompagnées et d'enfants ?

- Quel est le budget annuel de la structure aujourd'hui ?

- Y-a t'il de l'analyse des pratiques au sein du SAPS ?

- "le désir d'enfant est travaillé dans le réseau" comment concrètement ?

-Comment se passe la contractualisation des TISF ? En CDD ? sur une mission particulière ? On-t-ils évalués ce besoin spécifique en matière d'accompagnement ? Ont-ils pensés à créer un poste? cela serait-il pertinent ?

emilie

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